Un loup énorme passa par l'immense fenêtre d'une grande maison sombre au bord de la place. L'animal avait discrètement traversé le village traînant derrière lui les restes de ce qui avait été un jeune homme mince encore et attaqué par les puces qui sautaient sans cesse sur son corps décharné. La Bête avait erré tranquillement avant de traverser la place dans l'ombre devinant à la volée deux personnages maléfiques sur la margelle de la fontaine. Le loup fila ensuite et bondit par la fenêtre avant de manger goûlument sa proie et de s'endormir.
Quand il s'éveilla le lendemain soir il était nu, ses membres glacés étaient souillés de sang et lorsqu'il leva sa tête au-dessus du lit il découvrit les malheureux restes de sa victime nocturne. L'homme s'étandit sur le dos, une main sur son front et inspira une grande bouffée d'air. Ses membres étaient lourds, douloureux et tendus de parts et d'autres. Il finit par fermer les yeux et songer... Songer à ce grand homme aux yeux oranges, cette créature incroyable n'ayant pas d'égal dans toute la Transylvanie ni dans le Monde entier d'ailleurs... Qui pouvait donc être cette figure raffinée, parfaite et élégante qu'on ne croisait généralement que la nuit ? Pourquoi lui plaisait-il tant ?
Friderich finit par se lever, remplir un sac de bure avec les restes humains et sortir après s'être soigneusement lavé dans un bac, habillé et parfumé comme tous les hommes du grand monde. Nonchalament il ârrêta un cocher de passage et contre quelques belles pièces lui demanda de le conduire juqu'au mac non loin. Quand il fut arrivé il congédia le cocher qui lui fit respectueusement un signe de son chapeau avant de rebrousser chemin. Von Bronlow resta un moment seul, regarda à droite, à gauche, fuma une cigarette et enfin mit une grosse pierre dans le sac et jeta le tout dans le lac. Un grand "plouf" se fit entendre puis plus rien. Friederich se secoua les mains avant de revenir au village à pieds. On était dimanche. Ici le cordonnier nu pieds nu regardait l'heure à l'Eglise, ici encore la boulangère pressait ses enfants pour entrer avant la nuit noire... C'était un dimanche soir en somme comme tous les autres. Une vieille dame arrêta Von Bronlow sur son passage:
-
Oh, Friederich ! Vous n'êtes donc pas allé prier ce jour ?Friederich sourit à l'approche de cette appel inatendu. Il prit appui avec un de ses sourires charmeurs sur sa canne polie et sur un ton doux et attentionné répondit:
-
Les affaires me demandent tant et tant de temps que je vous cherchais chère Dame Vernon. Je ne connais pas dans la paroisse de personne plus pieuse que vous et c'est pour celà que j'espère que vous ferez une prière en ma faveur !La vieille dame fit un petit sourire et acquiesça avant de continuer son évolution vers la paroisse. Friederich souffla de soulagement avant de s'étirer. Il avait soif. D'un pas nonchalant il se dirigea vers la taverne.
[--> Taverne]