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 Une ombre solaire aux portes de l'aube...

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Nikita Belyakov-Van Kraft
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MessageSujet: Une ombre solaire aux portes de l'aube...   Mar 28 Aoû - 14:37

[Premier post]

Le soleil nimbait à peine l'horizon de son voile orangé. Il faisait frais, la neige recouvrait le sol et les pas de Nikita Belyakov s'enfonçaient profondément dans le manteau glacé. Le cuir de ses hautes bottes protégeaient ses pieds du froid, cependant il semblait qu'un léger frisson le parcourait, imperceptiblement. La lumière pâle l'auréolait doucement, l'astre du jour offrait sa grandeur à cet homme qui lui était dévoué depuis toujours.
Entièrement vêtu de noir, il ne laissait aucun bout de peau apparaître. Des gants de cuir masquaient ses mains, ses manches atteignaient la naissance de ses doigts, son col atteignait son menton. Il jouait distraitement avec l'agrafe argentée de sa cape, son regard perçant se fixait sur le village devant lui. Il tenait à faire une halte, courte mais reposante. Une auberge serait l'idéal. Boire un verre d'absinthe serait une trêve délicate dans son esprit - peut-être passer la journée à dormir. Le soir venu, il se rendrait au château Van Evenschlass. Sashenka...
Bien qu'il fût encore tôt, des cris et des rires jaillissaient d'une masure proche. Sans que son corps bougeât, sa tête pivota rapidement dans la direction des bruits. Une enseigne se balançait au gré du vent, une fille de petite vertu traînait un ivrogne dehors. Il grimaça, sardonique. Si l'on ne faisait pas mieux dans la région, il s'en contenterait...
Soupirant, il marcha doucement jusqu'à la taverne, sans même se soucier des regards langoureux de la fille. Il était beau et intriguant, cela ne faisait aucun doute, cependant ces donzelles faciles ne l'intéressaient guère. Il avait même quelques cadavres de ce genre dans ses placards et peu lui importaient les cris de gorets qu'elles pouvaient lancer lorsqu'il les égorgeait. Son pas légèrement boiteux se fit plus raide et plus déterminé, il passa devant la catin sans la voir. La canne frappait le sol gelé avec un claquement sec.
La porte de la taverne s'ouvrit devant lui dans un grincement et il toisa la pièce. Dieu, que c'était sale, que c'était laid ! Et qui donc était l'infatué qui avait dressé un trône ainsi ? Qui donc aimait tant la gloriole qu'il s'en auréolait avec ridicule ? Un rictus méprisant déforma le visage féminin de Nikita. Pauvres mortels, pauvres enfants d'une Nature qu'ils ne comprenaient ni ne respectaient ! Vous appartenez à la fange, à la poussière et aux cendres dont vous serez, tâchez d'y retourner prestement avant que sur vous ne se déchaîne des cieux la colère !
A travers les vitres sales filtraient quelques rayons de soleil dans lesquels dansait une poussière insolente. Durant quelques instants, Nikita resta absorbé dans la contemplation de cette lumière, si belle malgré la souillure, si pure, si intense. Il ferma momentanément les yeux avant de se faire bousculer par un ivrogne qui n'appréciait pas cette contemplation béate. La majorité des clients prenaient déjà cet étrange visiteur qu'ils n'avaient jamais vu pour un dérangé - ou un demeuré, au choix. Le visage fermé, l'homme alla s'asseoir à une table dans un grâcieux mouvement de cape. Posant un coude sur la table et appuyant son menton sur son point fermé, il attendit que le patron de cette gargotte si immonde vînt s'enquérir de ses volontés.
Dans l'ombre, beaucoup riaient, ivres ou pas, et se demandaient avec quelque appréhension qui était ce jeune boiteux aux cheveux et aux yeux flamboyants. Etait-ce un de ces monstres qu'on disait courir la nuit ? Venait-il ici à la recherche d'une nouvelle proie ? Si l'alcool en était une alors oui, pourquoi pas.
Il eut cependant une... petite surprise à laquelle il ne s'attendait pas...

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Yvan Tcheksllow
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MessageSujet: Re: Une ombre solaire aux portes de l'aube...   Mar 28 Aoû - 17:22

Un rire encore plus assourdissant s'entrechoqua entre les murs de pierre pour mourir dans l'âtre de la cheminée et renaître de plus belle dans les gosiers emplis d'alcool. Une câtin cria à la volée de sa voix de poissonière à qui voulait bien l'entendre que c'était inacceptable, qu'elle en avait marre de travailler dans un trou à rats. Un homme grossièrement vêtu la fit taire en l'embrassant à pleine bouche.

-La ferme chérie, je sais que t'aimes quand je m'interesse à toi !

L'homme en question avait des cheveux mi longs blonds et un regard pour le moins curieux. Un oeil était bleu quand l'autre se trouvait marron mais ce n'était pas ce que l'on pouvait retenir de plus singulier dans sa tenue. Il avait revêtu une robe légère avec un décolleté laissant voir quelques poils noirs au lieu de la poitrine rebondissante habituelle qu'on a coutume de voir. Des volants trainaient derrière lui avec des nuances roses pâles très jolies dans la lueur vacillante des bougies et dans sa grosse main droite tenait un porte-cigarette en peau de biche tenant une cigarette entêtante.

-Vas-y Yvan, montre-nous !

Un poivrot au visage rouge et au nez volumineux levait sa choppe en direction du travesti avec un rire gras. Pour toute réponse, le dit Yvan découvrit sa jambe poilue et montra son pied étroitement tenu dans une chaussure à talon noire haute à outrance. A voir les comportements de l'homme on saurait qu'il aurait fait une câtin idéale si seulement il avait été une femme.
Yvan se tourna vers Nikita, la bouche colorée de rouge en cul de poule et bomba le torse tout en lachant un halo de fumée dans l'air avec un comportement tout a fait sensuel.

-Excuse mon poulet, je t'avais pas vu... Je te sers quelque chose ?

Tout en roulant son fessier il s'approcha de la table de Nikita et prit sur le comptoir une plume et un vieux papier jauni. Tout en remettant sa cheveulure rebelle en arrière il caressa son torse découvrant un téton après avoir tiré sur le tissu du col. Une mouche avait été grossièrement dessinée sur sa poitrine et se perdait disgracieusement dans les poils broussailleux. Avec un sourire, Yvan mit sa jambe sur la table et racla le bois avec son talon dans un bruit insupportable. Tout le monde dans la taverne se tut. Le tavernier leva en l'air sa plume et mit un doigt devant ses lèvres avant de sortir un pet retentissant et fort odorant. Yvan explosa de rire devant l'absurdité de son geste et retourna vers le nouveau, l'air apparement étonné de voir une nouvelle figure dans le coin.

-Alors mon chou, on s'est perdu ? Tu veux un verre, un repas, les deux, option avec fille en plus ? Regarde comme elle sont... Sex...

Le tavernier prit la demoiselle Amilia par le fond de sa jupe et la jeta sur la table devant Nikita. La jeune femme était merveilleuse, tout ce qui se faisait le mieux dans tout le pays et Yvan était fier de cette marchandise qui lui rapportait tant chaque nuit. L'homme était élégant et devait bien avoir quelques sous à dépenser... Et certains s'en délecteraient avec plaisir. D'un coup de main sec Yvan tappa les fesses de la câtin qui cria de plaisir pour montrer la fermeté de ses formes, histoire de montrer que dans le coin la population n'était pas voleuse et enfin il jeta la fille par terre tout en se remettant droit. reprenant son air sérieux de garçon de taverne il vêtit son sourire commercial et posa ses yeux curieux sur Nikita. Jamais encore dans le coin il n'avait vu de figure aussi singulière, de stature aussi sombre. Il n'y avait pas de doute. C'était un étranger venu de loin à qui il était arrivé un grand malheur, un décès sûrement et qui avait décidé de partir loin noyer son chagrin. A la bonne heure ! Il était tombé à la bonne porte ! Les pochtrons du coin avaient beau puer et dépenser toutes leurs pièces au comptoir au lieu de faire vivre leur famille ils n'en restaient pas moins des personnes drôles et toujours partanets pour la rigolade.
Un homme tomba de son tabouret et ne se releva pas. Cet incident provoqua un fou rire général. Chacun continua de parler par la suite, l'homme ne releva que le lendemain.
Yvan lui n'avait pas ri ni même participé à la scène. Il regardait Nikita intensément, attiré par un détail qui lui avait jusque là échappé.
Il avait ce regard, ce regard unique qu'il n'avait vu que chez une seule personne jusqu'à présent... Ylania la Magnifique...

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Nikita Belyakov-Van Kraft
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MessageSujet: Re: Une ombre solaire aux portes de l'aube...   Mar 28 Aoû - 18:04

Le vacarme ambiant surprit et étourdit légèrement Nikita. Il avait perdu l'habitude de ce genre de festivités. Vivant dans une sphère de livres et de serviteurs dévoués, il avait rarement vu pareille pagaille et il dut résister à la tentation de se boucher les oreilles. Ils ne pouvaient donc simplement pas se taire, tous ? Il se sentait aussi mal qu'après une beuverie ayant mal tourné. Les effluves d'alcool provenant du comptoir, la puanteur des catins et l'ambiance du lieu lui faisaient tourner la tête. Il se retint de vomir.
Lorsque l'immonde travesti s'approcha de lui, il resta figé d'horreur. Le monde avait-il donc tant changé ? Ah non ! Ah non ! Il n'allait pas... il n'allait pas oser, tout de même ! Si... il posait son pied chaussé d'un talon haut sur la table, roulait du fessier, jouait à la catin. Il avait vu des hommes jouer aux femmes auparavant, bien entendu, mais là cela dépassait toutes ses plus folles imaginations. Tant de vulgarité dans un même être avait vraiment quelque chose de répugnant aux yeux d'un aristocrate - aristocrate qui avait vraisemblablement oublié que, quelques siècles auparavant, il jouait dans la fange et trayait les vaches. Enfin cela, nul n'était censé le savoir, et de toute façon quiconque essayait de le lui rappeler subissait sa colère. Pour le commun des mortels, il était et resterait un grand homme.

- Excuse-moi, mon poulet, je t'avais pas vu... je te sers quelque chose ?

Ces paroles accompagnées d'un grand silence et suivies d'un pet méphitique et sonore achevèrent de déconcerter l'homme aux yeux de citrine. Dans quoi était-il tombé ? Son Sasha ne régnait-il que sur des imbéciles vulgaires et malsains ? Ce serait farce, tout de même ! Lui qui était si élégant, supportait-il de vivre parmi de tels immondices, dénués de tout respect de l'étiquette et de la bienséance ?
L'idée que Sasha ne mettait jamais les pieds au village traversa l'esprit de Nikita. Il avait bien raison. Resserrant une main gantée sur le pommeau de sa canne, il fixa Yvan sans se départir de son calme algide. Seul son teint blême aurait pu notifier la colère qu'il ressentait à cet instant, mais c'était encore tôt et il ne la laisserait pas s'échapper. A la place, un sourire malsain déforma son visage. Du bout des doigts, il repoussa la chaussure à talon, la forçant à racler la table jusqu'à choir au sol. Il essuya sur un mouchoir en dentelle ses mains, comme si elles avaient reçu par ce geste une souillure ignoble.

- Un verre d'absinthe. Pas de ton habituelle gnôle au goût insipide. Quant à tes filles, ôte-leur cette vérole qui les infecte, vêtis-les plus gracieusement, donne-leur une once de charme et nourris-les : peut-être alors pourra-t-on en faire quelque chose.

Ces paroles infiniment méprisantes étaient dites d'une voix assez aiguë et androgyne, Nikita ne s'était pas départi de son sourire. Les paroles étaient douces, dites sur un ton qui n'amenait pas la haine. Il paraissait compatir, comme une mère se moquant gentiment de son enfant qui ne parvient pas à marcher - à la différence près qu'au lieu d'aider le rejeton à se relever, il l'enfonçait délibérément dans un désespoir intense. Il restait assis, négligemment, et croisa sa jambe gauche sur la droite. Il s'enfonça dans sa chaise dans une attitude fort décontractée mais ne manquant pas d'élégance. Sa main défit l'attache de sa cape qui glissa sur ses épaules. Il la fit voler avant de la placer en travers de ses genoux, sans lâcher Yvan du regard, sans cesser de sourire. Un frisson glacé passa entre les deux hommes.
Le tavernier avait jeté sur la table une de ses catins. Nikita ne la connaissait pas, cependant il trouva que pareil bouton de rose n'avait pas sa place dans un bordel. Elle était jolie, sans plus à son goût, et cruellement vulgaire. Son rire était trop strident. Les femmes du monde ne valaient d'ailleurs pas mieux avec leurs attitudes pavanées et leur faux panache volé à quelques hommes bien épiés. Qu'il les haïssait, ces pies, ces diablesses dont Shakespeare avait vanté la fourberie et la bassesse.
Projetée à terre, l'enfant catin lâcha encore quelques gémissements de plaisir et quelques gloussements avant de se relever. Son regard brillait d'innocence mais aussi de fierté d'être ainsi appréciée. Comment pouvait-on aimer être traînée plus bas que terre ? Comment pouvait-on supporter pareil traitement, pareil dénigrement ? Il connaissait des femmes fières qui auraient d'ores et déjà giflé cet incongru malappris. Manifestement, cela ne traversait même pas l'esprit des catins.

- Tes femmes n'ont aucun esprit ni aucune vivacité pour accepter d'être traitées de la sorte. Leur tavernier me semble être de la même teneur mais doué d'une once de malice en plus. Je n'accepterai pour ma part pareil traitement... ton argent doit bien les convaincre, dis-moi...

Il s'aperçut alors qu'Yvan le fixait dans les yeux. Il ne put s'empêcher de sourire. Les orbes de feu qu'il détenait avaient évidemment de quoi surprendre. Se pouvait-il que cet être ait déjà croisé Ylania ? Oh, que ce serait... drôle. Il sourit, découvrant deux canines aiguës - pas autant que celles des vampires, toutefois relativement inquiétantes. Ainsi souriant, il avait l'air d'un tigre machiavélique attendant une proie qui s'avançait doucement...

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Yvan Tcheksllow
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MessageSujet: Re: Une ombre solaire aux portes de l'aube...   Mar 28 Aoû - 18:43

Le silence s'abbattit soudain dans l'auberge. Yvan revêtit ce visage d'où la bouche descendait vers le bas dans un comportement d'immense déception. Une voix derrière parvint toutefois à lui rendre le sourire.

-Moi j'la veux bien la fille !

Un homme énorme dont les habits trop étroits faisaient voir la raie des fesses lorsqu'il s'asseyait sur les tabourets de bar se leva aussitôt et jeta dans la main du tavernier une somme qu'il avait dû mettre de côté depuis un moment. Yvan prit la somme avec un grand sourire et jeta dans les bras du poivrot la demoiselle Amilia qui gloussa de plus belle. De sa plume, il prit la commande de l'inconnu tout en fronçant ses sourcils broussailleux.

-Absinthe !

Une câtin se releva derrière le bar et fit un effort monumental pour ne pas râter le verre en servant le liquide verdâtre. Tout en titubant elle s'empara d'un sucre qui trainait dans un placard et se dirigea vers la cheminée. Là, il fallut qu'une autre fille la tienne pour ne pas qu'elle tombe dans les flammes et elle se tint à la pierre de cette dernière pour ne plus chavirer. Il n'y avait pas de doute que cette fille était ivre. Un soûlard la toisa avec sa bouteille et dit à un autre:

-Demain je parie que je bois plus que ce puit sans fond !

Son ami avait rit grassement avant de montrer l'ivrogne au sol et répondit en ricanant:

-Gni gni ! Elle l'a couché lui, pourtant c'as qu'il descend !

La femme alcoolique se mit aussi à ricaner à son tour tout en faisant fondre le sucre dans le liquide destiné à Nikita. Cette fille était effrayante, faisait penser à une hyène et sentait de loin l'alcool et la folie sauvage comme aucune d'autres. Quand elle amena le verre à Nikita elle leva ses yeux sur lui et un rictus se forma sur ses lèvres.

-Il est facile de juger lorsque nous avons l'argent qu'il faut pour vivre chichement ! Dans les temps qui courent mieux vaut crever de maladie que sous les crocs d'immondes créatures !

Yvan éloigna l'alcoolique de Nikita tout en haussant les épaules et craqua en même temps la robe qui tomba par terre laissant l'homme complètement nu comme un ver. Le tavernier sans s'occuper de ce détail s'éloigna vers son trône et s'y étendit tout en montrant avec une vulgarité malsaine ses attributs mâles. Avec lui il avait traîné la câtin par l'oreille et l'avait assise sur un banc non loin.

-La ferme la soiffarde ! Croire les peurs de ton époque de drôle ou les contes des chasseurs qui te baisent la nuit m'insupporte. Pas de créatures dans le patelin, compris ? Maintenant file.

L'alccolique s'éloigna tant bien que mal du tavernier et reprit maladroitement sa vaisselle derrière le bar. Heureusement tout se trouvait être en bois. Du balcon intérieur, la demoiselle Amilia nue s'amusait à faire courrir son client et dans la volée envoya un drap qui attérit sur Yvan. Ce dernier s'en accomoda et le disposa comme le faisaient les romains avec leurs toges.

-C'est ainsi que ça se passe dans l'coin l'inconnu. Ca plait à certains et libre aux autres d'aller voir ailleurs !

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Nikita Belyakov-Van Kraft
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MessageSujet: Re: Une ombre solaire aux portes de l'aube...   Mer 29 Aoû - 11:16

Sans mot dire, Nikita fixa le gros paysan si fier de pouvoir avoir cette Amilia. Dans le petit monde de la taverne, l'argent achetait toutes les réticences, achetait les baisers, achetait l'amour vendu si crûment par toutes ces filles. Il sentit un goût amer dans sa bouche. Au Moyen-Âge, les filles qui jouaient à cela se faisaient tuer. Pas les grandes courtisanes avec leurs bains splendides et leurs festins qui tournaient à l'orgie, non, celles-là se permettaient de payer les officiers de police qui voulaient les arrêter. Il pensait aux catins des faubourgs, ces femmes pauvres et indignes qui se traînaient dans la boue. Lui qui passait devant elles, le regard froid et le coeur vide...
Il soupira sans trop savoir pourquoi. Rêveur, il contempla le feu dans l'atre et son doigt fin caressa distraitement le bois de la table, formant des cercles lents. Il songeait. Abîmé dans ses pensées, il ne remarqua pas le manège de la catin ivre et ne leva la tête que lorsqu'elle eut maladroitement posé le verre d'absinthe sur la table, s'effondrant à moitié. Il la fixa d'un air impassible, un simple sourire froid et tétanisant sur les lèvres. Il perçut un éclat de peur dans les yeux de la femme, puis le tavernier la rappela à l'ordre.
Nikita frémit. Ces paysans étaient-ils au courant de l'existence des vampires ? Etait-ce possible ? Peut-être certains lycanthropes avaient-ils manqué de discrétion... Il se mordit la lèvre, effaré de cette possibilité. Si cela advenait, ce serait une catastrophe ! Il en parlerait à Sasha, lorsqu'il le verrait, au coucher du soleil. Il avait toute la journée devant lui pour calmer ce trouble qui venait de l'envahir.
Alors il remarqua le tavernier, étendu négligemment sur son trône, nu comme un ver. Sa réaction ne se fit pas attendre : il vira au rouge écrevisse, ses joues se colorant comme celles d'une jeune fille. Il plongea le nez dans son verre, espérant disparaître dans l'absinthe. L'alcool était irisé à la vue, voluptueux à l'odeur et dévastateur au goût... Il en avala une gorgée, espérant reprendre contenance. Mal lui en prit : la couleur s'étendit jusqu'à ses oreilles. Il tenta vainement de dissimuler son visage derrière ses cheveux défaits.
Quelques rires gras retentirent. Nikita comprit qu'ils se moquaient de son attitude digne d'une jouvencelle et déglutit péniblement. L'image de Sasha se superposa à celle du tavernier... Non ! Il se passa une main lasse sur le front et osa fixer Yvan. Un drap le recouvrait à présent comme une toge, Nikita vit disparaître les fesses rebondies de Nyngwen Amilia et comprit que c'était la catin qui venait d'envoyer le tissu à l'aubergiste. Il s'en sentit soulagé, le rouge devint un rose frais marquant toujours une légère gêne et lui donnant désespérément l'air d'une fille.

- Peut-être que cela se passe ainsi chez vous, susurra-t-il à l'adresse d'Yvan. Mais... lorsque les choses changeront, vous vous trouverez bien démuni...

La voix doucereuse résonna un instant dans le silence. Etait-ce une menace, un avertissement, de simples paroles jetées en l'air ? Le sens de ces mots inquiétants paraissait vibrer dans l'air, imprégnant chaque esprit, l'endormant. Son ton était toujours le même, égal et enrobant, comme un miel infect empli d'un poison insidieux qui se glissait par chaque pore de la peau. Il esquissa un noir sourire, ses lèvres courbées évoquant un serpent ambré.
Dans sa beauté douloureuse, il s'étira gracieusement. Un geste qui chez d'autre aurait pu paraître vulgaire était chez lui d'une affolante simplicité, d'une élégance sans faille. Les conversations reprirent, d'abord doucement, puis à la même hauteur. Nikita esquissa un sourire et leva son verre à l'adresse d'Yvan, comme pour lui porter un toast, avant d'y tremper ses lèvres.
L'alcool n'était pas mauvais, ce n'était ni le meilleur ni le pire de sa vie. Son sourire se fit un peu plus aimable et il ferma les yeux, ses longs cils ombrageant ses joues de pourpre. Il songea à ses retrouvailles avec Sasha... Son Sasha... Ah, que ce serait beau !

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Dernière édition par le Mer 5 Sep - 20:13, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Une ombre solaire aux portes de l'aube...   Jeu 30 Aoû - 14:43

Un homme tapa sur la table en hurlant. Il avait de gros yeux vitreux, des joues rondes et rouges et l'on pouvait deviner dans sa bouche tordue entourée de barbe grise où se trouvaient des restes d'aliments des dents jaunes qui auraient tourné au brun à leur base.

-C'est ma tournée les gars !

Il jeta derrière le comptoir une bourse miteuse et ouvrit dans la volée l'énorme fut de bierre en bois. Les chopes en bois se multiplièrent sous le robinet de bronze et les rires se mélèrent aux bruits de succion que faisaient les soiffards en buvant. Une câtin amena une chope à son patron tout en découvrant au passage un sein à son encontre et se frotta contre un client qui tendait dans sa direction une pièce de monnaie avec des mimiques hautement luxurieux. Yvan leva son verre avant d'en boire une grosse gorgée et recracha le tout quand les paroles de Nikita furent prononcées. Tout le monde dans l'auberge s'était tu. On entendait une mouche voler. Cette mouche se posa sur le comptoir et on entendit un grand "PAF". Un soiffard l'avait achevée.
Yvan se mit aussitôt à hurler de rire et fit reremplir le verre. les discussions reprient leur cours. Le patron se râcla la gorge et lança:

-Les choses sont ainsi et ne sont pas prêtes de changer... Alors pour le moment c'est comme ça ! On boit, on baise et on gueule !

Il fut approuvé par l'assemblée et fier de lui Yvan sortit un rot impressionnant qui résonna dans l'atmosphère semblant répondre aux résonnances des paroles de Nikita. Des rires fusèrent de toutes parts. Yvan se leva de son trône tout en titubant sur ses hauts talons. Une câtin aux jambes fines et merveilleuses alla se camper sous la toge et le tavernier mit ses mains derrière sa tête avec un sourire satisfait. Les clients levèrent leur verre à sa santé et l'un jeta à la volée:

-C'as qu'elle sait s'y prendre elle pour faire ça !

Une poignée d'homme se pencha sur lui pour écouter son histoire de sa nuit passée avec cette câtin aux longues jambes. Ils firent par la suite de grands sourires. Ils paraissaient satisfaits de ce qu'ils avaient entendu.
Quand Yvan en eut assez il fit glisser la câtin du bout du pied. cette dernière sortit de la toge à quatre pattes la bouche sale mais l'air radieux. Un des soiffards ayant entendu les prouesses de cette dernière la prit sous le bras avant de monter les marches.
Yvan s'assit lourdement sur le banc faisant face à Nikita et lui sourit étrangement.

-Si t'es venu pour faire changer les choses alors je te souhaite bonne chance. En attendant si t'as le gosier sec t'es l'bienvenu.

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MessageSujet: Re: Une ombre solaire aux portes de l'aube...   Sam 1 Sep - 13:51

Son regard mi-froid mi-moqueur contempla les hommes agglutinés autour de la bière tels des porcs autour de leur auge. L'humanité était désespérément décadente, vulgaire parfois. La pauvreté de ce pays accentuait-il encore cet aspect ? Les quelques bourgeois qu'il avait vus n'avaient rien à voir avec ceux de France. Il esquissa un sourire. Cette bande de cochons infâmes n'imaginaient même pas ce que la richesse pouvait être. Qu'ils étaient amusants, dans leur ignorance crasse, dans leur obstination à croire d'anciennes légendes ! Ils ne connaissaient que la loi de la bière et peinaient à comprendre la supériorité des nobles.
Ses paroles avaient même provoqué l'hilarité. Son expression se fit tendrement attristée. Pauvres enfants. Ils étaient bien pitoyable, au fond, à ne pas vouloir comprendre ce changement qui n'allait pas tarder à advenir. Le patron remplit de nouveau son verre, les doigts fins de Nikita s'enroulèrent autour de l'objet. Ses longs ongles paraissaient des griffes et sa main était presque féminine. Il ne se départit pas de son air moqueur alors qu'il buvait.

- Vous me faites l'effet de pourceaux.

Il dit cette simple phrase très nonchalamment et perçut quelques regards haineux du côté des ivrognes qui l'avaient entendu. Après un instant d'hésitation, il reposa son verre et passa sa langue sur ses lèvres dans un geste d'une infinie sensualité. Un garçon aussi joli, ce n'était pas naturel. Il paraissait avoir moins de vingt ans, pourtant ses yeux démentaient cette impression de jeunesse innocente. Qu'était-il ? Nul n'aurait su le dire. Il baissa légèrement la tête, quelques mèches rousses barrèrent son front. Ses prunelles étincelèrent, le feu s'y refléta tandis qu'à nouveau ses lèvres s'ouvraient sur ses canines aiguës.
Il fixa le patron de ce bordel infâme dont le membre était dégusté par une catin aux jambes aussi longues que le Nil. S'il méprisait les femmes, il en allait de même pour ces hommes qui attachaient une telle importance aux plaisirs charnels. Eût-il été juste de dire qu'il méprisait tout le monde et n'estimait personne ?
Les ivrognes continuaient de jouer avec leurs filles, à boire, à jouer à leurs jeux de hasard tant prisés. Les catins, elles, se dandinaient outrageusement parmi eux, vêtues de leur simple nudité. La Amilia était redescendue, son soiffard avec elle. Il la paya, radieux, et s'en alla. Elle s'affala sur un siège, très fière d'être la plus prisée de toutes. Nikita s'aperçut avec dégoût qu'elle était extrêmement jeune. Il ne lui aurait pas donné plus de treize ans. Elle était jolie et son charme avait tout d'enfantin. Voilà qui plaisait terriblement aux hommes... à plus forte raison si elle avait ces talents dont chacun parlait avec tant d'admiration.
La putain aux jambes interminables vint se poster à côté de Nyngwen Amilia et observa Nikita. Il les vit susurrer à voix basse. Se demandaient-elles qui il était ? Elles seraient de toute manière bien loin de la vérité. Sa main s'égara dans sa chevelure rousse.
Il s'aperçut soudain qu'Yvan Tcheksllow s'était posté face à lui. Il lui rendit son sourire, un sourire malsain comme à l'accoutumée.

- Je ne suis pas venu faire changer les choses... mais regarder les choses changer.

Sur ces paroles énigmatiques, il se leva et lança une petite pièce sur la table. Il attrapa sa canne et se dirigea de son pas boitillant vers la porte. Curieusement, sa démarche inhabituelle n'ôtait rien à sa majesté, au contraire. Arrivé au battant, il jeta un coup d'oeil circulaire à la salle. Rien n'avait changé, excepté peut-être l'atmosphère... Atmosphère qui venait de se teinter de mort. Un lycanthrope était dans les parages.
Intrigué, il poussa la porte et se rendit dans les rues, d'où provenait cette odeur funèbre...

[La Forêt]

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Dernière édition par le Mer 5 Sep - 20:14, édité 1 fois
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Yvan Tcheksllow
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MessageSujet: Re: Une ombre solaire aux portes de l'aube...   Sam 1 Sep - 16:32

Yvan regarda l'homme aux orbes de feu sortir et cracha au sol un crachat gluant et verdâtre. Sans se démonter pour une aussi pâle figure il se leva et traversa l'auberge tout en commençant une chanson paillarde.

-Si tous les curés n'avaient plus de verges,
On verrait les nonn's employer des cierges.


Les clients levèrent leur choppe et se lirent à hurler le refrain tous en coeur avec cette voix fausse de gens heureux et ayant trop bu:

-Bandais-tu, ban-ban-ban, bandais-tu fort
Quand tu pelotais les nichons d'Adèle?
Bandais-tu, ban-ban-ban, bandais-tu fort
Quand tu tripotais ces divins trésors?


Yvan eut un profond sourire vicieux et prit d'une pleine main la poitrine de Nyngwen qui gloussa de plaisir. Un client rêveur fouilla ses poches espérant avoir assez pour se payer une gatterie en sa compagnie, malheureusement l'argent était déjà passé dans les verres. Comme Yvan ne faisait pas crédit et que la soirée était déjà bien avancée il mit son chapeau en grognant et regagna la sortie. Jamais plus on ne le revit. Personne ne s'en inquiéta, ce fourbe n'avait jamais réussi à trouver femme.
Tout en caressant la toison virile qui couvrait son torse impressionnant Yvan se rassit dans son trône, assis la demoiselle Amilia sur ses genoux et reprit un autre couplet:

-Si les cons nageaient comme des grenouilles,
On verrait flotter plus d'un' pair' de couilles.


Yvan fit sautiller sa câtin sur ses genoux tout en l'admirant puis avec sa voix de ténor se leva et cria:

-Ca ferme !

Quelques badauds protestèrent mais partirent tout de même. Seul le soulard étendu au sol resta. Il fut toléré. Yvan monta avec Nyngwen, l'entrainant vulgairement avec une main sur les fesses et tout en prenant sa paye se délecta des nombreuses cajoleries qu'elle lui faisait.

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Une ombre solaire aux portes de l'aube...

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