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 Le Poète et la Lune [Réservé à Sybil]

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AuteurMessage
Arseni
Vampire / Duc


Masculin
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Camp: Je roule pour Sasha.
Date d'inscription: 01/09/2007

MessageSujet: Le Poète et la Lune [Réservé à Sybil]   Mer 16 Jan - 19:24

[Les Couloirs]

La nuit était très claire, illuminée par un rayon de lune. Debout sur le perron du château, j'envoyai un baiser à l'astre, mère et muse de tous les poètes - ou du moins, la mienne. Je me pris à sourire en imaginant tous les enfants de la nuit s'éparpiller dans ce monde qui était le nôtre en même temps que moi. Qui allais-je rencontrer en cette soirée hivernale si douce ? J'aimais à errer dans les forêts de Transylvanie et y rencontrer des personnes plus étranges les unes que les autres. Bien entendu, certaines étaient moins cordiales que d'autres... je me rappelle notamment d'une goule, charmante au demeurant si on aime le style cadavérique, qui en avait voulu à ma chair fraîche. Mais enfin, il semblerait que j'aie eu trop de goût ou aie été peu comestible, elle a vite trouvé une autre proie. Heureusement, elle n'était pas trop mon genre. J'ai un faible pour les grandes blondes ou les grâcieuses brunes. Elle était plutôt du style chauve.
Bah, j'allais tout simplement éviter le cimetière. Les rues du bourg me paraissaient bien animées, c'est toujours sympathique, et puis le nombre de jolies demoiselles est toujours plus intéressant lorsque des fêtes se tiennent. Or, un peu de sang frais est un délice que je ne me refuse jamais, même lorsque je suis parfaitement repu - ce qui était le cas ce soir-là. Et dire que j'avais jadis eu le meurtre en horreur ! Ah ça, j'avais bien changé.
Lorsque je m'engouffrai dans les boyaux du village, j'entendis les chants des tziganes. Leurs voix n'étaient pas belles au sens commun du terme et je ne les trouvais pas agréables mais lorsqu'un bohémien chante, c'est son coeur qui s'exprime. La beauté d'un chant romani n'est pas dans la voix de celui qui l'interprète - ce n'est qu'une question de technique, sans grand intérêt - mais dans la splendeur de son âme - quoique l'âme n'est qu'une invention de l'homme pour se détourner de sa culpabilité à être ce qu'il est réellement, à savoir ce que lui-même nomme un monstre. Quoi de plus humain que la cruauté ? Combien de races animales se livrent des guerres ? Combien s'entretuent parce que certains d'entre eux ne se ressemblent pas ? Da ! Je me sens bien humain lorsque je tue, lorsque je torture, lorsque je fais ce que l'on appelle le mal ! Les seuls êtres non humains que je connaisse et qui n'ont pas vécu des millénaires pour le prouver sont ces tziganes, ces romani qui n'ont jamais vraiment vécu dans ce que les sots nomment la civilisation. Comme des anges, ils savent reconnaîre la beauté de la vie - je ne parle évidemment d'enfants, chacun sait que les enfants sont corrompus par le monde dans lequel ils vivent et n'apprécient que leurs caprices, pas la beauté dont il se fichent éperdumment (et ce n'est pas une critique envers vous, chers marmots, je fus pareil il y a quelques siècles. En vérité je vous adore, surtout rôtis à la broche.)
Bref, j'évoluais. Je sais que j'utilise énormément le mot bref et que mes discours sont tout sauf courts, mais que voulez-vous, on est poète philosophe ou on ne l'est pas. Excusez-moi, je divague de nouveau, mais venant de moi c'est excusable. J'évoluais donc dans les rues du bourg - cette formulation est affreuse - à la recherche d'un rire plus cristallin que les autres, d'un sourire étonnant, d'une chevelure au parfum d'oranger.
Je rencontrai des yeux, juste pour contrarier ma jolie énumération.
Des yeux d'un bleu marin, outremer même, aussi aquatiques que ceux de mon cher Sasha. Ils brillaient délicatement d'une joie juvénile et d'une mélancolie qui me fit reconnaître en eux les joyaux d'une gitane.
Je me pris à la suivre à travers les boyaux de ce village si vivant. Je savais me montrer aussi discret qu'un félin, invisible comme une ombre : je n'eus aucun mal à n'être pas repéré. La demoiselle avait le pied agile, ce qui me posa plus de difficulté, plusieurs fois je craignis de la perdre. Heureusement, je connaissais mieux ce village qu'elle... Un peu...
Je soufflai dans sa nuque. J'espérais que cela suffirait, mais le cas échéant, j'allais de toute manière l'interpeller et l'inciter à me regarder ; je m'adossai à un mur, bras et jambes croisées, mon plus joli sourire au visage.

"Dois-je croire qu'une étoile a ce soir quitté la dame sélénique pour contenter la terre de sa beauté, ou bien n'êtes-vous qu'une illusion destinée à nous duper, nous autres pauvres mortels ? Pardonnez ma faconde et mon impertinence, je n'ai jamais eu pour habitude de respecter les lois, uniquement celles de la galanterie. Et je conçois avoir été ici peu courtois..."


J'esquissai de nouveau un sourire et une révérence parfaitement orchestrée. A savoir si elle me prendrait pour celui que j'étais réellement, ce qui serait relativement miraculeux. Qui saurait deviner derrière l'étrange paysan à l'accent très russe un duc vampirique ? Personne, à moins d'être lui-même un vampire et d'avoir déjà vu le visage dudit vampire... Or je ne me souvenais pas de ces yeux-là, si étourdissants. Enfin, qui savait...

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"Tu vois bien qu'il mime un portemanteau !"
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